Publications en science politique
Focus & Nouveautés (France/Etranger)

Cette nouvelle page du portail web de l'AFSP est inaugurée en décembre 2012. L'AFSP entend développer ses partenariats de diffusion de la recherche en science politique à l'international.
Elle inaugure cette interface web de présentation de revues, de collections, etc... en proposant aux lecteurs politistes francophones la publication en ligne des résumés en français de l'IPSR.
Bonne lecture !

Résumés IPSR 35/2 (Mars 2014)

Comment modérés et extrémistes trouvent-ils leur bonheur ? Orientation idéologique, proximité citoyen-gouvernement et satisfaction dans la vie
Luigi Curini, Willy Jou et Vincenzo Memoli
Quoique le thème de la satisfaction dans la vie et ses déterminants ait attiré l'attention de plus en plus de politologues, la plupart des études ont principalement porté sur les variables macro-économiques et ont souvent négligé le rôle des attitudes des individus vis-à-vis de leur gouvernement. Le présent article tente de combler cette lacune en examinant si l'auto-placement gauche-droite des citoyens et leur distance idéologique par rapport à leur gouvernement exercent un effet indépendant sur la satisfaction. Utilisant un ensemble de données couvrant un quart de siècle et près de 70 000 répondants, nous démontrons une relation curviligne entre les orientations idéologiques et le bonheur, avec les radicaux des deux extrémités du spectre qui se sentent plus heureux que les citoyens modérés. En outre, nous montrons que si la proximité entre la position idéologique individuelle et celle du gouvernement contribue au bonheur, cet effet est fortement nuancé selon le placement le long du spectre gauche-droite : les modérés affichent des niveaux d’autant plus élevés de satisfaction qu’ils sont proches de leur gouvernement, alors que c’est l'inverse qui est vrai pour les radicaux. L'implication normative de nos conclusions est que les gouvernements modérés peuvent présenter un avantage comparatif dans l'amélioration du niveau global de bonheur de leurs citoyens.

L'impact des diamants sur la croissance économique, le changement de régime et la construction de l'État démocratique en Afrique
Rollin F. Tusalem et Minion K. C. Morrison
De récentes études montrent comment les ressources telles que les diamants ont financé les mouvements d'insurrection et comment leur présence géographique peut favoriser l'incidence mais pas nécessairement l'apparition de guerres civiles. Ces études empiriques sont fondées sur des modèles globaux, mais nous pensons que des facteurs régionaux peuvent jouer un rôle. Pour le vérifier, nous désagrégeons les résultats empiriques basés sur l'Afrique en tant que région. En évaluant une étude par panel des États africains, nous découvrons que ceux qui sont producteurs secondaires de diamants ne sont pas seulement vulnérables aux querelles intestines, mais également sujets à des niveaux inférieurs de croissance économique, aux coups d'État épisodiques et à des conditions d’échec de l'État qui inhibent sa construction démocratique. Nous constatons également que les États producteurs secondaires de diamants en Afrique subissent tant l'apparition que l'incidence des guerres civiles, une conclusion qui diverge des travaux empiriques précédents. Selon nous, pour éviter cette malédiction, un État développementaliste est nécessaire : pour éviter l'effondrement, les États doivent exploiter le potentiel de revenu des ressources diffuses. La régulation et la légitimation de la production de diamants est un rempart efficace contre les structures d'opportunité que ces ressources susceptibles d'être pillées peuvent fournir aux chefs de guerre, insurgés et factions militaires.

Expliquer la variation de l'instabilité de l’exécutif dans les régimes présidentiels : les interruptions de présidence en Amérique latine
Leiv Marsteintredet
Grâce à l’analyse conceptuelle et comparative de 14 interruptions de présidence en Amérique latine entre 1980 et 2010, cet article vise à améliorer la conceptualisation actuelle de l'instabilité de l’exécutif dans les régimes présidentiels et à apporter des réponses éventuelles à trois débats : 1/ sont-ce les institutions politiques ou la pression de la base qui constituent le plus grand danger pour la survie présidentielle ? 2/ les interruptions de présidence constituent-elles une solution à la crise en cours ou l’approfondissent-elles davantage ? 3/ ces interruptions sont-elles bonnes ou mauvaises pour la démocratie ? L'article affirme que ces questions n'ont pas trouvé de réponse satisfaisante car la littérature a homogénéisé l’ensemble, considérant que toutes les interruptions sont semblables en termes d'antécédents et de conséquences, alors que les cas démontrent en fait l'hétérogénéité des situations. Cette hétérogénéité peut s'expliquer par deux variables : la raison principale de l'opposition à contester le président, et le degré de comportement antidémocratique du président et de l'opposition au cours de la crise. À partir de ces deux variables, l'article présente une carte typologique des crises et des interruptions qui aide à saisir la portée du concept, qui capture l'hétérogénéité des cas et vise à fournir un outil utile pour l'analyse future des interruptions de présidence.

Risques concurrents et convergence de la gouvernance de l'assurance-dépôt
Christopher Gandrud
Pourquoi les politiques publiques semblent-elles souvent converger entre les pays au même moment ? Cette question a été largement étudiée dans la littérature sur la diffusion. Cependant, les recherches antérieures n'ont pas examiné les environnements de choix complexes, surtout là où il existe de nombreuses alternatives. Cet article comble cette lacune. Je montre comment le modèle des risques concurrents de Fine et Gray peut être utilisé pour démêler les causes de la convergence des politiques publiques. J'applique la méthode pour examiner les raisons pour lesquelles, du milieu des années 1990 à 2007, nombre de pays ont créé des organismes d'assurance-dépôt indépendants. J’ai noté une interaction entre les recommandations internationales et les choix des pairs régionaux, en particulier dans l'Union européenne. Cependant, la convergence semble ralentir dans les conditions particulières d'une crise bancaire, quelle que soit la force de la promotion de l'indépendance. Par ailleurs, probablement en raison de conditions électorales incitatives, les démocraties semblent particulièrement susceptibles de créer des assureurs indépendants. Enfin, je démontre ce que le modèle des risques concurrents apporte aux futures recherches sur les choix politiques, en complément de méthodes précédemment appliquées en économie politique.

Les politiques intra-syndicales et la coordination de la fixation des salaires dans les pays de la zone euro
Sung Ho Park
Cet article revient sur l'une des hypothèses établies de la littérature sur les relations industrielles européennes. S’intéressant au contexte dans lequel les salaires sont fixés par une coordination centrale, elle explore pourquoi le système de fixation des salaires s'effondre souvent et est remplacé par la négociation sectorielle ou au niveau de l'entreprise. La réponse tourne autour des coûts salariaux, fondée sur l’argument que le changement (c'est-à-dire la dé-coordination) se produit lorsque les employeurs ne sont pas satisfaits de la performance du contrôle des coûts. Cet article affirme que cette hypothèse n’a qu'une portée limitée. En particulier, elle ne tient que si la coordination centrale reste une source potentielle de coûts salariaux élevés. Si le système se transforme en un mécanisme fiable de modération salariale, ce qui est vrai dans les pays de la zone euro, l'hypothèse ne tient pas. Dans ces circonstances, les employeurs ne pourront plus envisager la dé-coordination comme moyen de contrôle des coûts. En revanche, la dé-coordination peut dériver des politiques intra-syndicales, quand les divers acteurs syndicaux interagissent les uns avec les autres sur l’enjeu du salaire. L'article se penche sur cette nouvelle hypothèse de dé-coordination dans le cadre de trois pays de la zone euro dans les années 1990 et 2000 : la Finlande, l'Irlande et la Belgique.

Comment la confiance politique affecte-t-elle la confiance sociale ? Une analyse de données en Chine rurale utilisant l’approche de variable instrumentale
Ran Tao, Dali L. Yang, Ming Li et Xi Lu
Utilisant l’approche de variable instrumentale, nous analysons des données d'enquête pour démêler la relation entre la confiance sociale et politique dans la Chine contemporaine. Nous apportons des preuves solides que la confiance politique renforce la confiance sociale en Chine et les résultats sont robustes dans une série de mesures, y compris avec la question de la confiance sociale généralisée, ainsi que trois questions de confiance contextualisées. Nous éclairons également l'impact de la modernisation économique sur la confiance sociale. Nos résultats enrichissent la littérature générale sur la confiance et fournissent une meilleure compréhension de la relation complexe entre la confiance politique et la confiance sociale. Ils offrent également un aperçu de la dynamique de production et reproduction de la confiance en Chine et donc du développement socio-politique de ce pays.

Résumés IPSR 34/3 Juin 2013

Expliquer la diversité ethnique africaine
Elliott Green
Les conséquences de la diversité ethnique en Afrique ont été largement étudiées. Cependant, les sources de cette diversité restent non expliquées, ce qui est surprenant à la lumière tant du haut degré de diversité ethnique africaine que de sa grande variation interne. Je montre ici que cette diversité résulte de son emplacement tropical, du commerce esclavagiste précolonial, de la création coloniale de grands États, du faible niveau d'urbanisation, et j‘établis que mes résultats sont robustes aux divers contrôles. Je démontre aussi qu’en contrôlant la dimension « commerce des esclaves », on élimine la signification statistique d'une variable nominale africaine dans les régressions utilisant des données sur la diversité ethnique mondiale.

Du printemps arabe à l’hiver chinois : les sources institutionnelles de la vulnérabilité et de la résilience autoritaire en Égypte, Tunisie et Chine
Steve Hess
Après l'effondrement des longues dictatures de Tunisie et d’Égypte début 2011, beaucoup d'analystes se sont tournés vers la Chine pour y identifier de possibles germes de révolution. En fait, alors que les mouvements formaient une spirale révolutionnaire en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la Révolution de Jasmin chinoise a entrainé peu de réactions intérieures et n’a pas réussi à se concrétiser dans un mouvement populaire. À partir des cas de l'Égypte et de la Tunisie, cet article examine de façon critique la littérature récente identifiant les causes des révolutions du printemps arabe 2011, pour développer plusieurs hypothèses sur les sources de la vulnérabilité des régimes dans ces pays et considérer leur adéquation dans l'explication de la résistance exceptionnelle de l'autorité du parti unique en Chine.

Le type de parti explique-t-il la congruence des politiques ? Partis attrape-tout contre partis idéologiques dans le cas portugais
Ana Maria Belchior et André Freire
La plupart des recherches sur la congruence politique peinent à en fournir une explication. Les caractéristiques des partis sont reconnues pour être pertinentes, mais la littérature n'est pas tombée d’accord sur leur importance effective. Il n'y a jusqu'à présent pas eu non plus d'analyse des implications à utiliser des méthodes différentes pour évaluer la congruence. Le présent article cherche à tester l'importance du type de parti (attrape-tout ou idéologique) pour expliquer les niveaux de congruence au sein du parti, avec un contrôle utilisant les principales méthodes d'évaluation de la congruence. L'article se concentre sur le système de parti portugais et utilise un ensemble de 19 enjeux de politique sur deux dimensions : socio-économique et libertaire-autoritaire (plus un auto-positionnement sur une échelle gauche-droite), ce qui introduit des contrôles supplémentaires de l'évaluation de la pertinence du type de parti. Pour autant que nous sachions, une analyse si approfondie de la congruence du type de parti n'a pas été faite auparavant. Les résultats révèlent que les partis portugais attrape-tout ont tendance à afficher des niveaux plus élevés de congruence députés-électeurs que les partis idéologiques, mais les types de sujet politique valent aussi : les niveaux de congruence divergent suivant les partis selon la question en jeu. Ces résultats sont démontrés quelles que soient les différentes méthodes utilisées.

Expliquer la force de la société civile : résultats de données transversales
Stefanie Bailer, Thilo Bodenstein et V. Finn Heinrich
Un certain nombre de facteurs sociaux et institutionnels favorisent le développement d'une société civile dynamique, telles les traditions socio-économiques et la structure sociale du pays, les institutions politiques, ou l'influence étrangère. Mais lequel de ces facteurs contribue le plus à une société civile vigoureuse, cela reste une question toujours sans réponse. En utilisant les techniques des moindres carrés ordinaires, cet article teste statistiquement les facteurs prépondérants avec un modèle grand-N qui inclut 42 pays. Notre variable dépendante est le nouvel Indice de société civile, composé d'une dimension structurelle et de valeur de la société civile. Les résultats montrent que la qualité des institutions politiques d'un pays et un haut degré de fragmentation religieuse ont le plus fort impact sur le développement d'une société civile dynamique. Afin d’examiner la relation causale, nous confrontons nos résultats à deux études de cas portant sur le Chili et la Russie. Celles-ci corroborent une causalité dans le sens de la qualité des institutions politiques vers une société civile plus forte.

Les conséquences imprévues de l’Acte final d’Helsinki selon l’approche théorique de l’« apparition du chemin »
Ki-Joon Hong
Cet article examine les suites fortuites de l'Acte final d’Helsinki de 1975 – accord politique entre les 35 États participant à la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). L'objectif principal de cet article est d'expliquer les effets inattendus du régime de sécurité de la CSCE en termes d'« apparition du chemin ». Celui-ci est présenté comme un appareil conceptuel expliquant les propriétés émergentes exprimées dans un système adaptatif complexe. La théorie de l'apparition du chemin met en évidence quatre métaphores explicatives : champs morphogénétiques, criticité auto-organisée, résonance sociale et co-évolution. Ces métaphores servent de piliers conceptuels pour l'analyse des conséquences imprévues du régime de sécurité de la CSCE. Cet article suggère que la CSCE a incorporé les propriétés de l’apparition d’un chemin, qui a à son tour contribué à la fin de la Guerre froide en Europe.

Etats fragiles et Etats faillis : perspectives critiques sur des hybrides conceptuels
Olivier Nay
Au cours de la dernière décennie, les agences gouvernementales occidentales et les organisations internationales ont de plus en plus prêté attention à la question de la « fragilité » et de l'« échec » de l'État dans les pays en voie de développement confrontés à la guerre, la violence et la pauvreté extrême. Elles ont présenté ce problème comme un défi de politique internationale majeur dans les domaines de l'aide au développement et de la sécurité. Les analystes politiques et les universitaires ont aussi joué un rôle instrumental dans la dissémination et la légitimation de ces concepts. Cet article discute le soutien analytique de ce nouvel agenda de recherche. Il soutient que les concepts d'États fragiles et défaillants constituent des étiquettes politiquement orientées, induisant la confusion, superficielles en soi et instables. D'abord, il élabore cinq réflexions critiques concernant la dimension scientifique de cette littérature. Ensuite, il interprète le cadre analytique des États fragiles/défaillants comme une réactivation des théories développementalistes, fondées sur une conception occidentale de l'État. Enfin, il encourage le rejet de l'approche État-centrée de la sécurité et du développement en contextes fragiles et préconise de combiner l’attention aux institutions gouvernementales avec une approche multidimensionnelle, contextuelle et historiquement fondée des fragilités de l’ensemble de la société.


Résumés IPSR n°34(1) janvier 2013

La nouvelle droite et l’État providence. Pertinence électorale du chauvinisme social et du populisme social aux Pays-Bas
Willem De Koster, Peter Achterberg and Jeroen Van der Waal


Au-delà de leur agenda culturel autoritaire bien démontré, les partis populistes de la nouvelle droite ont développé des positions spécifiques sur l’État providence : chauvinisme social et populisme social. Cet article étudie la pertinence électorale de ces orientations pour des partis populistes de la nouvelle droite hollandaise au moyen de données représentatives de la population hollandaise (N = 1972). L’électorat de ces partis montre des niveaux élevés tant de chauvinisme social que de populisme social. Cependant, seul le populisme social est à la base du soutien aux partis populistes de la nouvelle droite, outre les motivations culturelles bien connues. À partir de ces découvertes, la concurrence idéologique et électorale entre les partis politiques est discutée et de nouvelles recherches sont suggérées.

Mondes à part : l’accord de l’OMC sur l’agriculture et le droit alimentaire dans les pays en voie de développement
Shona Hawkes and Jagjit Kaur Plahe


Cet article explore les implications de l’accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur l’agriculture pour le droit alimentaire dans les pays du Sud. Dans un contexte de critique mondiale contre l’OMC, les politiques du cycle de négociations de Doha sont analysées dans une perspective de droits alimentaires. Depuis 2004, l’attention de l’OMC a évolué de préoccupations relatives aux droits de l’homme vers une vigilance pour des considérations techniques restreignant les pays en voie de développement dans leur action en faveur du droit alimentaire.

Dialogue ou conformisme ? Mesurer les réponses législatives aux décisions de justice sur les droits
Emmett Macfarlane


Il existe un consensus croissant sur le fait que des systèmes parlementaires ayant récemment promulgués des projets de loi relatifs aux droits présentent un nouveau modèle de constitutionnalisme qui offre un terrain à mi-chemin entre la souveraineté parlementaire et la suprématie juridique. Une des caractéristiques clés souvent discutées par rapport à cette « forme faible » ou « modèle du Commonwealth » de contrôle juridique est la notion d’un dialogue interprofessionnel sur les droits qui permet aux législatures de répondre aux décisions juridiques sur les politiques concernées. Cet article développe un cadre pour évaluer empiriquement comment le dialogue opère en pratique. Un examen systématique des réponses législatives aux décisions de la Cour suprême affectant la législation au Canada révèle relativement peu de dialogue franc, car les parlementaires réagissent rarement en fonction des préceptes des décisions de la Cour. L’article explore alors les implications que ce type d’évaluation empirique pourrait avoir pour d’autres systèmes parlementaires.

Des parcours différents mais également plausibles de transformation politique : pour un pluralisme théorique
Jeroen van der Heijden


Les théories du changement institutionnel nous aident à comprendre la transformation des politiques et nous fournissent un cadre pour présenter rétrospectivement les étapes de celle-ci. Avec un cas simple de transformation examiné à travers trois théories du changement institutionnel différentes, cet article met en évidence les défauts potentiels d’une lentille explicative simple et l’intérêt d’utiliser des lentilles complémentaires. Il explique en quoi une approche pluraliste fournit une compréhension plus riche des transformations politiques.

Dessous-de-table et scrutins : l’impact de la corruption sur le taux de participation électorale dans les démocraties
Daniel Stockemer, Bernadette LaMontagne and Lyle Scruggs


Bien que les agents impliqués dans les pots-de-vin, la corruption, l’extorsion, le népotisme, ou le clientélisme aiment naturellement garder leurs actes privés, ce n’est pas un secret que la corruption peut avoir de graves effets dans les démocraties. De nombreux chercheurs ont mis en lumière l’impact de la corruption sur toute une gamme de paramètres économiques et politiques. Un point qui a reçu moins d’attention, cependant, est le taux de participation électorale. Des niveaux de corruption élevés poussent-ils les électeurs à éviter les urnes ou à s’abstenir en grand nombre ? Quoique conséquente sur la corruption et le taux de participation électorale, dans la littérature sur le sujet, peu de chercheurs ont abordé cette question et aucun ne l’a fait sur un large échantillon de démocraties. Cet article s’engage dans cet effort par une analyse de l’échantillon le plus large possible d’États démocratiques. À l’aide d’une régression à variable instrumentale, nous constatons que, lorsque la corruption augmente, le pourcentage des électeurs qui votent diminue.

Mesurer les pouvoirs présidentiels : quelques pièges des mesures agrégées
Jessica Fortin


Cet article a pour but d’aborder les questions de validité et de fiabilité des indices additifs existants mesurant le pouvoir des dirigeants. Nombre de productions de données, tels Frye et al. (2000) ainsi qu’Armingeon et Careja (2007), s’appuient sur des indices de pouvoir présidentiel fondés sur la simple accumulation d’un ensemble de prérogatives constitutionnelles individuelles imparties au chef de l’État, selon la conception proposée par Shugart et Carey (1992). Ces indices identifient et estiment usuellement les pouvoirs complets ou partiels des présidents en termes de vetos, décrets, pouvoirs budgétaires, dispositions référendaires, initiative législative, formation et renvoi du gouvernement, censure et dissolution des Assemblées. Malgré l’accord général sur ces mesures du pouvoir présidentiel et leur utilisation répandue, des enquêtes empiriques vérifiant à quel point les indices existants mesurent une construction latente, et sont valables et fiables, n’ont jamais été conduites. Dans cet article, je réfute les suppositions d’uni-modalité et d’unidimensionnalité au fondement de ces indices et remets en cause leur utilité à permettre aux chercheurs de différencier les régimes présidentiels, semi-présidentiels et parlementaires.

Résumés IPSR n°33(5) novembre 2012
 
La longévité et la durabilité des ministres de gouvernement
Jörn Fischer, Keith Dowding et Patrick Dumont

Cet article explore les analyses de plus en plus nombreuses de la longévité des ministres de gouvernement. Il examine des questions conceptuelles et méthodologiques de recherche incluant la nature et la mesure de la longévité, des termes et des techniques ministériels. Il reconsidère certaines des théories et hypothèses produites par les chercheurs. Utilisant les résultats d’études du monde entier, il soutient que des facteurs institutionnels incluant le type de régime, les règles constitutionnelles et parlementaires, et les systèmes de parti affectent la longévité ministérielle. Des caractéristiques personnelles comme le genre, l’éducation et l’âge impactent aussi la longévité. L’article envisage les futures voies de recherche dans ce domaine.
 
Ethno-fédéralisme, séparatisme et conflit : qu’avons-nous appris des expériences soviétiques et yougoslaves ?
Arman Grigoryan

La dissolution de la Yougoslavie et de l’URSS, ainsi que les conflits violents qui se sont produits sur leurs ruines ont stimulé un grand nombre d’études affirmant que la composition ethno-fédérale de ces États était à la racine de ces événements. Je soutiens plutôt que leur construction ethnofédérale était la conséquence de mobilisations nationalistes antérieures dans l’empire russe et les Balkans. Je critique aussi cette littérature qui utilise de mauvaises bases de comparaison pour à la fois évaluer la performance des États ethno-fédéraux, choisir des cas sur la variable dépendante, attribuer à l’ethno-fédéralisme ce qui devrait l’être à d’autres variables, et s’appuyer sur certains présupposés douteux à propos du séparatisme.
 
Les leçons de l’échec : apprentissage et rejet de la responsabilité dans les politiques publiques
Michael Howlett

Des études récentes de Hood ont souligné le désir des décideurs d’éviter d’assumer des politiques publiques médiocres, mettant en évidence l’importance d’apprendre la meilleure façon d’éviter l’échec des politiques. Cet article examine, dans la littérature sur le sujet, différents concepts d’échec des politiques, tels qu’accidents, erreurs et anomalies politiques, dans la lignée des travaux récents de McConnell et ses collègues sur les sources de tels échecs. L’article distingue entre l’apprentissage politique ‘peu profond’ (technique-stratégique) et ‘profond’ (politique-expérimenté) et les lie aux trois catégories d’échec de McConnell : échec politique, du programme et du processus. L’analyse pointe le rôle significatif et sous-estimé joué par les problèmes de processus et de politiques dans l’analyse de l’échec, et la nécessité de tirer des leçons dans ces domaines aussi bien que dans ceux concernant les programmes plus techniques, afin d’améliorer la réussite des politiques publiques.
 
La rhétorique et la réalité de la radicalisation violente et du discours politique
Jonathan Githens-Mazer

Cet article illustre comment le terme « radicalisation » a autant contribué qu’été le sujet de la construction sociale du risque environnant la violence et la radicalisation. Dans cette mesure, les débats contemporains sur la radicalisation sont liés aux idées de « vulnérabilité » et de sensibilité à l’« extrémisme », thèmes qui facilitent les allégations problématiques de relations inhérentes entre idées nouvelles et propension à la violence. L’article conclut sur quelques recommandations appelant à des recherches moins subjectives et à l’étude de la complexité des relations entre identités, idées et violence.